Dans une lettre au journal, reprise par plusieurs revues médicales, il affirmait qu’étaler les déformations humaines devant la communauté médicale rabaissait à la fois la profession et les malheureux patients.
Il mit en doute si la famille avait réellement consenti à un examen aussi invasif, ou si la pauvreté et l’isolement ne leur avaient pas laissé d’autre choix que d’accepter.
Barker défendit son travail dans les éditions suivantes, affirmant que comprendre les mécanismes de l’hérédité exigeait une analyse sans compromis des cas extrêmes.
Sans documentation, arguait-il, la médecine resterait prisonnière des préjugés et de l’ignorance.
La famille Caldwell constituait une expérience naturelle en génétique humaine qu’on n’aurait peut-être jamais l’occasion de reproduire.
Manuels d’anatomie
Refuser de les étudier aurait été une trahison du devoir scientifique.
C’est alors que le mouvement eugéniste s’empara de l’affaire.
Le Dr Albert Hris, fervent partisan de la politique de sélection de l’élevage, utilisa les conclusions de Barker comme preuve que certains individus devaient légalement être empêchés de se reproduire.
Son article dans l’American Journal of Public Health d’octobre 1900 utilisa les enfants Caldwell comme preuve que l’État avait le devoir d’intervenir en cas de révélation d’inadaptation génétique.
Hris proposa une législation imposant la stérilisation des personnes atteintes de maladies héréditaires graves, citant Sarah et Benjamin comme exemples de personnes à qui on n’aurait jamais dû permettre de se marier.
Cette instrumentalisation des résultats de recherche horrifièrent Barker.
Sa correspondance privée révèle qu’il luttait avec les conséquences involontaires.
Il révéla que pendant les examens, plusieurs enfants pleuraient de douleur et de peur, et que Sarah demandait à plusieurs reprises si les médecins pouvaient rendre la santé à ses enfants.
Quand on lui dit que non, elle demanda pourquoi ils revenaient encore.
La controverse atteignit son paroxysme quand, en avril 1901, un journal de Philadelphie obtint les photos du dossier et les publia sans autorisation.
Les photos destinées à l’éducation médicale apparurent à côté d’un texte sensationnel les décrivant comme des “cauchemars génétiques”.
La réaction de l’opinion publique fut rapide et cruelle.
Dans les lettres à la rédaction, on discutait de savoir si de telles personnes devaient être isolées de la société, et certains suggéraient de placer les enfants en institution pour la sécurité publique.
