Dans les actes de naissance de Martha, l’accouchement fut décrit comme compliqué par l’absence de respiration autonome chez l’enfant pendant les 12 premières minutes de vie.
Quand la respiration commença enfin, elle resta faible et irrégulière.
L’enfant naquit avec une fente palatine qui s’étendait à travers les tissus mous jusqu’à la cavité nasale,
Archives d’histoire médicale
Ils vécurent encore un cauchemar.
Leur système digestif s’était développé de manière incomplète : il leur manquait la connexion normale entre l’estomac et les intestins.
Le premier des jumeaux mourut en 18 heures.
Le second survécut 4 jours, grâce aux tentatives désespérées de Sarah pour l’allaiter, bien que ce fût en vain.
Barker, prévenu par télégramme, arriva trop tard pour les examiner vivants, mais il pratiqua une autopsie qui révéla toute l’étendue du chaos interne.
Son rapport pour Johns Hopkins, rédigé dans un langage clinique qui masquait à peine son choc, décrivait des organes qui s’étaient formés selon un schéma approximatif mais non fonctionnel, comme si les instructions génétiques du développement humain avaient été mélangées à un point tel qu’on ne pouvait plus les reconnaître.
Ce furent les premiers décès parmi les enfants de Sarah et Benjamin.
Neuf d’entre eux avaient survécu contre toute probabilité.
Ceux-là ne purent pas.
Les tombes furent creusées sur le terrain de la propriété, marquées de croix en bois que Benjamin sculpta lui-même.
Aucun prédicateur ne vint pour officier la cérémonie.
La famille enterra les fils seule.
Trois mois plus tard, Sarah découvrit qu’elle était enceinte pour la douzième
La famille, si minutieusement documentée par la médecine, était désormais complète.
Figée dans le temps comme témoignage d’une catastrophe génétique que la médecine du XIXe siècle pouvait documenter mais pas prévenir, expliquer mais pas guérir.
Le long rapport de Barker fut publié dans le Journal of Heredity en mars 1900, accompagné de photos, de mesures et d’arbres généalogiques documentant trois générations des deux lignées parentales.
Famille
La réaction du milieu médical fut immédiate et profondément divisée.
Cela déclencha une bataille de 18 mois qui mit à nu les profondes divergences dans l’approche de la science face à la souffrance humaine.
La première publication en juillet 1900 provoqua une indignation inattendue.
Le Dr Edmund Sterling, éminent médecin de Boston, publia une réponse cinglante, affirmant que la documentation détaillée de tels cas ne servait aucun objectif scientifique justifié.
