Ma voisine de 82 ans frappait à ma porte tous les matins à 7h. Je trouvais ça pénible. Jusqu’au jour où elle n’a plus frappé.
Je m’appelle Thomas. J’ai 36 ans. J’habite à Lille.
Depuis 2 ans, Madame Dubois habite à côté de chez moi. 82 ans. Seule. Son mari est mort en 2020. Du Covid.
Tous les matins, à 7h pile, elle frappait à ma porte. Toc, toc.
Au début, j’ouvrais. Elle était là, avec une petite assiette. Parfois un bout de gâteau. Parfois deux biscuits. Parfois une tartine de confiture.
“Bonjour jeune homme. J’ai trop cuisiné. C’est pour vous.”
Au début, je trouvais ça mignon.
Au bout de 3 mois, j’ai trouvé ça pénible. Je travaille en télétravail. Je veux dormir à 7h. Je veux la paix.
J’ai commencé à ne plus ouvrir. Je criais à travers la porte : “Merci Madame Dubois, je n’ai besoin de rien aujourd’hui !”
Elle disait juste, tout bas : “Oh. Pardon.”
Mais le lendemain : Toc, toc. Encore 7h.
Je suis devenu désagréable. “Madame Dubois, je vous ai dit que je n’ai besoin de rien !”
Elle venait quand même. Tous les jours. Pendant 2 ans.
Mardi dernier, silence. Pas de toc, toc. 7h. Rien. 7h15. Rien. 8h. Rien.
J’ai pensé : Enfin, elle a compris.
À 10h, le gardien a frappé chez moi. “Monsieur Thomas, vous avez vu Madame Dubois ? Ses volets sont encore fermés. C’est bizarre.”
On a ouvert la porte avec le double du gardien.
Madame Dubois était par terre, dans sa cuisine. Depuis la veille au soir. AVC. Elle ne pouvait pas se lever. Elle ne pouvait pas appeler. Elle était restée là, 15 heures.
Sur sa table de cuisine, une petite assiette. Recouverte de film plastique. Dessus, deux biscuits. Et un petit mot.
“Pour le jeune homme d’à côté. Au cas où il aurait faim aujourd’hui. – M. Dubois”
Le SAMU a dit que si on l’avait trouvée 2 heures plus tard, elle serait morte.
Elle est maintenant à l’hôpital. J’y vais tous les jours.
Hier, elle m’a dit, d’une petite voix : “Je suis désolée de vous avoir dérangé tous les matins.”
J’ai pleuré. Pour la première fois depuis 10 ans, j’ai pleuré devant quelqu’un.
Je lui ai dit : “Madame Dubois, vous ne m’avez pas dérangé. Vous avez veillé sur moi. Tous les matins, vous vérifiez si j’étais encore vivant. Et je n’ai pas compris. Vous étiez ma famille et je n’ai pas ouvert la porte.”
Ce matin, jeudi, 7h du matin. Je suis devant sa porte à l’hôpital. Avec une petite assiette. Deux biscuits.
Toc, toc.
Elle sourit. Enfin.
Parfois, le toc toc qui nous dérange le plus, c’est celui qui nous maintient en vie. Quand est-ce que vous avez frappé pour la dernière fois chez votre vieille voisine ?